Le magnat de la presse, Jimmy Lai, est ressorti d’un commissariat de police à Hong Kong, dans la nuit de mardi 11 août à mercredi 12 août, vers minuit au milieu d’une foule de partisans. © Isaac Lawrence, AFP
Texte par : FRANCE 24
Publié le : 11/08/2020 – 20:44

Le patron de presse hongkongais et figure du mouvement prodémocrate a été remis en liberté sous caution, dans la nuit de mardi à mercredi. Son journal, très critique du pouvoir, l’Apple Daily, a affiché sa volonté de poursuivre le combat.

Le magnat des médias hongkongais Jimmy Lai, arrêté lundi 10 août lors d’une opération de police au nom d’une loi sécuritaire imposée par la Chine, a été libéré mardi soir, tandis que son journal prodémocratie, l’Apple Daily, a affiché sa volonté de poursuivre le combat. Le septuagénaire est ressorti libre d’un commissariat de police de Hong Kong vers minuit (16 h GMT), flanqué de ses avocats et au milieu d’une foule de partisans, qui ont salué sa victoire.

Jimmy Lai, richissime magnat de la presse, faisait partie des 10 personnes interpellées lundi dans un vaste coup de filet contre la mouvance prodémocratie, avant qu’environ 200 policiers ne perquisitionnent la salle de rédaction de son journal, très critique envers Pékin.

Les Hongkongais se sont précipités, mardi, dans les kiosques pour se procurer l’Apple Daily, qui avait anticipé cette demande en tirant exceptionnellement à 550 000 exemplaires, contre 70 000 en temps normal. Un restaurateur du quartier populaire de Mongkok en a acheté une cinquantaine de copies, expliquant qu’il comptait les distribuer gratuitement à ses clients. « Comme le gouvernement ne veut pas que l’Apple Daily survive, nous autres Hongkongais devons le sauver nous-mêmes », a expliqué l’homme disant s’appeler Ng.

Atteinte sans précédent à la liberté de la presse

« Nous nous battrons », proclame en une l’Apple Daily, mardi, une promesse écrite en rouge vif sur une photo pleine page de Jimmy Lai encadré par des policiers.

Son arrestation a provoqué une vague d’achat d’actions de son groupe de presse Next Digital. Entre lundi matin et la clôture de la Bourse mardi soir, le titre a pris plus de 1 100%. Les arrestations et la perquisition ont été condamnées comme des atteintes « sans précédent » à la liberté de la presse, dont Hong Kong était naguère une place forte.

Considérée comme une réponse de Pékin aux mois de manifestations en faveur de la démocratie à Hong Kong en 2019, la loi sur la sécurité nationale imposée le 30 juin donne aux autorités locales de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l’État : la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des puissances étrangères.

Nombre de militants pour la démocratie dénoncent un texte liberticide qui vient en finir selon eux avec le principe « Un pays, deux systèmes », qui garantissait jusqu’en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine.

Inquiétude des États-Unis

Plusieurs dirigeants étrangers ont fait part de leur préoccupation quant à ce nouveau coup de filet, parmi lesquels le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, que Jimmy Lai avait rencontré l’année dernière. Le secrétaire d’État a affirmé voir dans son arrestation une « preuve supplémentaire que le Parti communiste chinois a éviscéré les libertés de Hong Kong et les droits de son peuple ».

Pour rappel, Jimmy Lai a été arrêté pour collusion avec des forces étrangères et fraude. Une initiative saluée par Pékin, qui l’a présenté comme « un fauteur de troubles antichinois » ayant conspiré avec des étrangers pour « provoquer le chaos ».

Deux de ses fils ont aussi été interpellés, de même que la jeune militante prodémocratie Agnes Chow et Wilson Li, un ancien activiste se présentant comme un journaliste indépendant, travaillant pour la chaîne britannique ITV News.

Avec AFP et Reuters